
L’influence, un vrai métier ?
Les nouveaux paradigmes liés à l’évolution des métiers
Et depuis dix ans maintenant, nous entendons les jeunes parler et regarder ces personnes qui sont actives sur les réseaux sociaux. Et ce phénomène de l’influence qui se banalise de manière récurrente avec l’apogée des réseaux sociaux m’amène à me questionner sur la véritable place de ce phénomène.
Finalement, est-ce qu’on peut parler d’un phénomène ou d’une véritable voie professionnelle à proprement parler ?



Revenons sur la base…
Je vous invite à revoir certaines bases de notre vocabulaire en y incluant une définition du métier.
Qu’est-ce qu’un métier ? D’après Larousse, il existe plusieurs définitions à ce mot.
1. Activité sociale définie par son objet, ses techniques, etc. : Qu’est-ce qu’il fait comme métier ?
Synonymes :
carrière – fonction – gagne-pain – job (familier) – profession – travail
2. Profession caractérisée par une spécificité exigeant un apprentissage, de l’expérience, etc., et entrant dans un cadre légal : Il est musicien de métier.
3. Habileté technique que procurent la pratique, l’expérience d’une activité professionnelle : Avoir du métier après vingt ans de présence dans l’usine.
Synonymes :
capacité – expérience – habileté – ingéniosité – maîtrise – pratique – qualification – virtuosité
4. Fonction permanente possédant certains caractères d’une profession (pratique, expérience, responsabilité, etc.) : Le métier de parents.
Synonymes :
condition – état (vieux) – partie – rôle – spécialité
Ainsi, le mot métier a une signification multiple mais qui exprime une seul et même chose, un métier est une activité sociale et reconnue par le biais de l’expérience et de l’apprentissage amenant à une certaine habilité technique dans le but de recevoir un reconnaissance sociale, principalement par le biais d’un salaire.
J’aimerai mettre un accent sur l’influence et sur les définitions qui existent. En effet, d’après ce même dictionnaire, l’influence est :
1. Action, généralement continue, qu’exerce quelque chose sur quelque chose ou sur quelqu’un : L’influence du climat sur la végétation. L’influence de la télévision sur les jeunes.
Synonymes :
effet – impulsion – incidence – répercussion
2. Ascendant de quelqu’un sur quelqu’un d’autre : Il a beaucoup changé sous l’influence de son ami.
Synonymes :
ascendant – coupe – empire – empreinte – emprise – fascination – hégémonie – importance – poids – pouvoir – prépondérance – puissance – rayonnement
3. Pouvoir social et politique de quelqu’un, d’un groupe, qui leur permet d’agir sur le cours des événements, des décisions prises, etc. : On a vu grandir son influence dans le monde des affaires.
Et c’est en voyant ces différentes caractéristiques liées à l’influence qui me permet de me questionner autour de ce que ça représente dans la dynamique entre l’adolescent qui se voit « influenceur ». Est-ce que ces définitions répondent-ils à ce que les jeunes entendent aujourd’hui ?
Les origines de l’influence : d’où ça vient ?
Pour la plupart des adultes, lorsque les adolescents disent qu’ils veulent devenir footballeur professionnel ou encore « influenceur » et/ou « influenceuse », cela paraît sorti hors du contexte parce que ce n’est pas considéré véritablement comme un métier.
Par ailleurs, il existe donc une connotation négative de l’influence. Et au vue de l’exposition numérique, je vais donner une définition commune de l’influence dans ce cadre spécifique.
L’influence est constitué par des personnes médiatisés sur un canal de distribution (télévision, réseaux sociaux) où le but est que, ces mêmes personnes, créent un partenariat avec ces marques pour que les personnes qui les suivent puissent acheter un produit et/ou un service.
Avant de rentrer dans le détail de ce que c’est à cette ère, j’aimerai revenir sur l’origine de l’influence. Au début, des jeunes faisaient des apparitions vidéos sur YouTube pour partager des nouvelles pratiques, des bons plans sur des domaines auxquels ils sont passionnés. Je prends l’exemple de Cyprien qui fait des vidéos drôles, de Yanissa XOXO qui faisait des haul de vêtements, de Enjoy Phoenix qui faisait des vidéos de maquillage…
C’était un moyen de diffuser leur créativité de manière plus directe avec d’autres personnes sur une plateforme numérique pour parler à un plus large public. C’est une extension d’un blog qui, au-delà d’être écrit, la transmission se fait sous forme de vidéos.
En plus de ça, dans les années 2000, nous avons vu le boom des télé-réalités avec Secret Story, les Anges de la Téléréalité, ce qui a créé un véritable phénomène autour de ces nouvelles stars. Les marques ont donc vu une aubaine d’expansion de leur entreprise et ont donc créé des partenariats afin de vendre des produits par le biais de ces personnes pour créer plus de visibilité sur leur marque.
L’évolution de l’influence dans la nouvelle ère numérique
Depuis l’influence est devenu très convoitée et fait place à un véritable business autant pour les influenceurs et influenceuses par le biais des réseaux sociaux – YouTube, la télévision, Instagram, TikTok, Twitch, etc.
On peut y découvrir que des métiers autrefois, de niche ont pu être créé à partir de ces plateformes. Et c’est en cela que ce domaine de l’influence est vraiment très complexe et versatile parce que maintenant, les jeunes peuvent reconnaitre et prendre connaissance de cette même complexité et versatilité au niveau de l’influence. En effet, on peut voir naître des vocations de dessinateurs, de vidéastes, d’humoristes, de chanteurs… et être automatiquement exposés sur ces plateformes. De plus, certaines personnes peuvent avoir plusieurs casquettes. En effet, il existe des personnes qui sont coach de vie et également boxeur professionnel. Cette nouvelle ère me fait penser à l’époque antique où les philosophes avaient plusieurs métiers et c’était commun à cette époque. Avec l’industrialisation et l’établissement de la séparation des tâches et des classes sociales, le métier est devenu plus spécialisé et centré sur un même domaine d’activité. Un domaine correspond à ce domaine en particulier et ne peut être mis en lien avec un autre domaine.
Avec cette nouvelle ère, il est difficile de constater cette séparation. Il est possible d’être coach de vie et également être boxeur professionnel. Il est possible d’être dessinateur et humoriste, chanteur.se et créateur de mode, etc.
Le domaine du numérique a ouvert la place à d’innombrables possibilités. Et c’est en cela que les gens veulent offrir un talent et le proposer au monde. C’est le but de cette première génération d’influenceur et d’influenceuse (Cyprien, YanissaXOXO, Enjoy Phoenix, Sananas, Huda Beauty, etc). Les jeunes qui voient ces nouvelles personnes qui leur ressemblent avoir autant d’influence dans leur domaine leur permettent d’avoir de l’inspiration. En effet, cet effet de mode est devenu, pour les jeunes, une forme de rêve et leur donne envie de déployer leurs ailes à travers d’autres canaux. Les jeunes peuvent avoir les idées et cette interaction « influenceur-influencés » amène un aspect créatif dans leur rapport au métier.
Il existe également des personnes avec des métiers qui se mettent sous ces plateformes numériques afin de démystifier un métier qui peut paraître non-attrayant. Un exemple concret, celui d’Emile le Vigneron. Ce nouvel influenceur montre son métier de vigneron au quotidien et il est suivi par 547 000 personnes sur TikTok pour leur montrer la vie d’un vigneron et l’étendue de son métier. C’est un moyen créatif de diffuser son métier à travers une plateforme qui rentre plus en lien avec les adolescents.
L’ouverture à de nouvelles perspectives professionnelles est possible avec l’influence
Nous pouvons dire que l’influence a changé les mentalités au niveau de ce que peut représenter le métier dans l’esprit des jeunes. En effet, leur relation au travail a énormément changé et il est possible de trouver des jeunes qui se trouvent des vocations grâce aux influenceur.se.s qu’ils suivent. En effet, maintenant les jeunes ont plus cette appétence à se rapprocher de l’entrepreneuriat car ils ont envie d’être acteur et de vivre dans cet état d’esprit.
Par ailleurs, la plupart des influenceur.se.s très connus sont des entrepreneur.se.s aguerri.e.s. En effet, ils ont su développer des compétences en termes de gestion financière, de gestion de l’image, de négociation, de gestion de planning. Ils ont appris à s’entourer des personnes qui leur permettent de développer leur entreprise, d’anticiper les imprévus. Ils sont devenus des ambassadeurs des marques mais également des vrais chef.fes d’entreprise.
Ils ont su également développer un relationnel très fort avec leur audience par le biais de leur storytelling (ex : Lena Situations), et c’est ce qui permet de créer une communauté et développer un taux d’engagement très élevé chez les jeunes. Ils représentent un repère auprès de leur audience et c’est grâce à cette relation privilégié teintée d’authenticité – je me montre tel.le que je suis – et de réciprocité – je te ressemble et te répond parce que nous sommes proches.
Les plateformes numériques ont permis de casser le code d’accès à certains métiers qui étaient autrefois nichés. Il est vrai que maintenant, pour les métiers artistiques, il est possible d’écrire un livre sans passer par une maison d’édition ou de montrer ses talents de maquilleur.se en se filmant avec son smartphone. Par exemple, Amazon propose de réaliser l’intégralité du livre à un prix réduit. Il existe également des campagnes de crowdfunding qui permettent de rassembler la somme escomptée pour la réalisation du projet grâce à la communauté.
Parlons des points de vigilance liés à l’influence
En vous parlant des nouvelles perspectives, il est important de rappeler que l’influence a aussi de nombreux points de vigilance à prendre en compte.
En effet, l’influence est aussi une manière de promouvoir le capitalisme dans sa forme la plus agressive c’est-à-dire de faire en sorte d’être encore plus embarqué dans cette société de consommation par l’achat de produits sollicités par les influenceurs. Et généralement, les jeunes n’ont pas ce recul pour voir si ce produit est fiable, donc ils l’achètent quand même parce que cet.te influenceur.se a promu ce produit sur ces réseaux sociaux. Cette pratique est notamment mis en place par les personnes faisant anciennement parties de la télé-réalité.
De plus, il existe peu de places d’expression à la télévision des influenceur.se.s où ils/elles parlent de leur métier. Il est vrai qu’ils parlent beaucoup de ce qu’ils/elles font mais jamais de leur métier à proprement parlé. Les médias s’en servent pour faire des enquêtes exclusives, des compléments d’enquêtes mais la perspective des influenceur.se.s sont très peu écoutée.
Au vue de l’ampleur de ce phénomène de l’influence, on y constate du harcèlement auprès des créateurs de contenus par ce qu’on appelle les haters. Les haters sont des personnes qui déversent de la haine en commentaire sur les réseaux sociaux et peuvent avoir une incidence psychologique auprès de l’influenceur et l’influenceuse en question. C’est très fréquent dans ce milieu et il existe peu voire pas de solutions pour les protéger de ces incidents.
En parlant de protection, concernant les produits achetés et l’exposition d’enfants sur les plateformes numériques, la loi a récemment changé avec l’affaire qu’il y a eue avec Poupette, et également les influenceurs ont l’obligation de mettre la mention « paid partnerships » (partenariat payé) sur les vidéos financées par une marque. Malgré ces quelques avancées, Internet va plus vite que la loi et il reste encore des modifications à faire.
La solution pour réguler le phénomène de l’influence ?
L’EDUCATION.
Il est important d’amener une prise de conscience des différentes pratiques grâce à des sensibilisations autour du numérique.
En effet, certains collèges et lycées abordent les thèmes liés au numérique comme le cyber-harcèlement ou encore comment avoir de bonnes pratiques sur Internet. Mais la question de l’influence est très peu posée dans le cadre du système scolaire, ce qui peut créer un décalage avec la consommation des jeunes avec les réseaux sociaux.
Pour oeuvrer à cette pratique, il est important d’éduquer les adolescent.e.s au média sur comment capter la valeur d’une information, le lien avec les créateurs de contenus et leur communauté pour que les jeunes prennent conscience du lien que les créateurs de contenus peuvent avoir sur les réseaux sociaux et choisir ce qui leur convient véritablement. Cette nouvelle éducation peut permettre de mettre en avant les relations qui peuvent être ascendantes et créer une dynamique plus saine sur les réseaux sociaux.
Il peut éventuellement créer des formations pour les parents autour de l’influence pour qu’eux-mêmes aient conscience des différents challenges qui peuvent exister autour de ce phénomène. Ainsi, ils pourront avoir un dialogue plus serein avec des outils adaptés pour parler et écouter leurs adolescents avec bienveillance et parcimonie.
Le gouvernement a également un rôle à jouer dans cette nouvelle ère. L’institution peut créer des vidéos de prévention directement sur les réseaux sociaux et à la télévision pour mettre en avant certains aspects dangereux de cette pratique en prenant l’exemple de la campagne lancée en 2010 de « Manger, Bouger ».
Par ailleurs, il est d’autant plus important que les jeunes développent des compétences en esprit critique en allant chercher d’autres types de contenus sur d’autres plateformes, faire des recherches plus approfondies sur ce qu’ils peuvent voir à travers l’oeil marketing d’un.e influenceur.se et également sur des sujets qui peuvent susciter des intérêts et des débats houleux. Il est important que le jeune apprenne à être curieux de ce qui se passe au-delà des réseaux sociaux et qu’ils puissent chercher des informations sur d’autres plateformes (livres, documentaires, etc.).
Ces différentes pratiques permettent de savoir avec des connaissances plus profondes, sans superficialité et de faire les choses avec sens et conscience.
Pour conclure et ouvrir vers d’autres sujets de discussions…
L’influence peut représenter une vraie menace sur l’ensemble de la population tant sur le changement que ça amène dans la société et également sur une forme de manipulation qui peut être enclenché entre l’influenceur et sa communauté.
Néanmoins, il existe un véritable puits d’informations et de possibilités autour de l’influence. Les jeunes sont plus conscients des possibilités qui s’offrent à eux et ont plus envie de prendre des risques en allant vers cet état d’esprit d’entrepreneur qui apporte une forme de liberté en termes de métiers – créateur de contenu, entrepreneur, vidéastes, maquillage, musique, sport, etc. Les gens ont la possibilité de montrer leurs talents directement sur les réseaux sociaux et de créer un lien direct avec d’autres personnes.
Il est important de mettre en avant qu’il existe encore un long chemin vers la régulation. Et c’est à ce juste titre que l’éducation aux médias et à d’autres pratiques seront nécessaires pour permettre aux adolescents d’être plus conscients des enjeux liés à la création du contenu et à l’écosystème dans lequel ce domaine évolue.
De plus, l’influence participe à de vraies dynamiques dans la société et existe depuis la nuit des temps. On peut partir du principe où nous sommes tou.te.s de l’influence sur quelqu’un et quelque chose et chaque personne est en mesure de nous influencer, et c’est à l’origine même de l’organisation de notre société, ce qui permet cette interconnexion entre les gens.
Et si nous partons du principe qu’on a tou.te.s de l’influence sur les gens, est-ce qu’on peut le classifier comme étant un métier à proprement parler ? La question, à mon sens, n’est pas là mais surtout dans cette force à trouver des métiers qui nous correspondent tou.te.s à chacun et de s’explorer en étant en accord avec ses valeurs et faire preuve d’authenticité et de responsabilité dans cette traversée.
Et si dans nos métiers, nous pouvons être dans cet état d’esprit, les jeunes pourront trouver des influenceur.se.s en chacun de nous parce que nous aurons incarnés un exemple de réussite, de courage et d’envie.
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